
Alvie Mouzita : « Chant spirituel pour Kimpa Vita » (extrait du recueil de poèmes "Chants pour une fleur" ) , quand la poésie rallume la mémoire des flammes

Alvie Mouzita : “Chant spirituel pour Kimpa Vita”
Extrait du recueil de poèmes Chants pour une fleur (Éditions Essaim Plumes, Parakou, Bénin : 1ʳᵉ édition 2023, réédition 2025)
Une prière, une mémoire, une résurrection
Dans Chant spirituel pour Kimpa Vita, Alvie Mouzita mêle poésie, spiritualité et histoire pour convoquer la mémoire d’une femme devenue symbole de liberté. Figure sacrifiée du royaume du Kongo, Kimpa Vita ( brûlée vive en 1706 pour avoir prêché la dignité africaine ) renaît ici comme un phare de conscience.
Dès les premiers vers, la musique du désarroi s’installe :
« maintenant que nos mémoires n’ont plus de boussoles, maintenant que nos sourires se détachent des lucioles… »
L’anaphore « maintenant que » rythme le poème comme un chapelet de douleur : le présent brûle, le peuple vacille, la parole devient exutoire et remède.
Kimpa Vita, matrice et miroir de l’Afrique
La prophétesse devient cœur spirituel et miroir d’un continent :
« Tu es l’image d’une Afrique invincible, mangrove où les espérances fleurissent. »
Chez Mouzita, la femme est blessure et guérison, mémoire et avenir. Elle incarne la mère du monde, gardienne du feu et de la lumière, celle qui unit l’homme et la terre.
Kimpa Vita n’est plus seulement une martyre : elle devient déité, rose de feu et rosée du matin, symbole d’un espoir enraciné dans la douleur et la dignité.
Un cri contre l’oubli
Le poème érige une stèle verbale à la mémoire des siens :
« j’habite l’odeur d’une femme brûlée »
« sanglot allumé sur la carte des souffrances »
Ces images puissantes rappellent les blessures de l’histoire, les chairs colonisées, les cicatrices de l’Afrique. Mais de la cendre surgit la parole :
« Qu’on ne brûle pas une femme comme on brûle une feuille. »
Le poète transforme le feu du supplice en flamme créatrice : le verbe devient acte de résilience.
Il plaide aussi pour la réhabilitation de la culture et de la tradition africaines :
« Et la culture ne sera plus fille négligée à la construction de ce pays. »
L’écriture devient résistance ; la poésie, un outil de reconstruction.
La langue, une liturgie du feu
La langue de Mouzita est dense, rythmique, presque rituelle. Les répétitions, les métaphores, l’absence de ponctuation forte créent un souffle d’incantation, une poésie à dire et à entendre.
Les symboles du feu, de l’eau, de la mangrove et de la lumière forment une cosmogonie poétique où la douleur devient semence. Chaque mot bat comme un tambour, chaque vers s’élève comme un psaume.
Mouzita se fait griot moderne, dépositaire de la mémoire et gardien des âmes.
Une œuvre entre sacré et politique
Ce texte consacre Alvie Mouzita comme l’une des voix les plus vibrantes de la poésie africaine contemporaine. À l’instar de Tchicaya U Tam’si ou de Léopold Sédar Senghor, il inscrit sa parole dans la continuité d’une poésie de la mémoire et de la dignité, mais avec une touche profondément mystique.
Sa plume fait dialoguer le sacré et le politique, la ferveur et la lucidité, l’histoire et la foi.
Encadré critique : Avis de Savane Écho
Forces
Musicalité exceptionnelle, proche de la prière. • Imagerie symbolique puissante (feu, mangrove, rosée, lumière).
Célébration du féminin comme gardien du sacré. • Appel clair à réhabiliter mémoire, culture et tradition.
À nuancer
Densité d’images qui exige une lecture habitée.
Structure sans ponctuation qui peut désorienter.
Verdict
Un sommet de la poésie spirituelle africaine contemporaine : Chant spirituel pour Kimpa Vita transcende la douleur pour célébrer la survie, la femme et la mémoire.
Extrait choisi
« Tu es l’image d’une Afrique invincible, mangrove où les espérances fleurissent… »
À propos de l’auteur : Alvie Mouzita
Né le 18 octobre 1998 à Mindouli (République du Congo), Alvie Mouzita est poète, écrivain et enseignant.
Après des études littéraires à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, il obtient un Master en didactique de l’anglais, puis un Master en littérature africaine anglophone, avant d’entamer un doctorat en littérature africaine anglophone, consacré aux enjeux écologiques.
Mouzita enseigne au Congo tout en menant une intense activité culturelle. Il est fondateur du Prix international “Vendeurs d’émotions”, destiné à promouvoir la poésie francophone émergente.
Sa voix, à la fois douce et rebelle, s’élève contre l’oubli, l’ignorance et la perte des repères culturels. Poète des symboles, il se définit comme un « artisan de lumière au milieu des ténèbres de l’oubli ».
Bibliographie sélective
Vendeurs d’émotions (Anthologie poétique, 2022) : Éd. Renaissance Africaine
Chants pour une fleur (Recueil de poèmes, 2025) : Éd. Essaim Plumes
Conclusion
Avec Chant spirituel pour Kimpa Vita, Alvie Mouzita offre un poème total : à la fois prière, cri et renaissance. Il redonne souffle à l’Afrique de Kimpa Vita : cette Afrique invincible, féminine, fertile et encore capable de se relever par la parole.
« Car j’ai de ta mort le seul souvenir des lumières au siècle des lumières. »
Edition -
27 octobre 2025



