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Bam Raady, la mémoire des racines au souffle de l'Afrobeat contemporain

Par Bruno LENGANI
Écrivain et journaliste culturel indépendant 

Savane Écho


Bam Raady, la mémoire des racines au souffle de l'Afrobeat contemporain


Un nouvel album entre héritage, modernité et engagement


Avec la sortie de son nouvel album, Bam Raady confirme une trajectoire artistique singulière, forgée par plus de quinze années de création, de scènes et de luttes culturelles. Auteur, compositeur, guitariste et interprète, l'artiste burkinabè inscrit son œuvre au carrefour de la mémoire et de la modernité, là où les cultures endogènes dialoguent avec les sonorités contemporaines — Afrobeat, reggae, blues ou encore fusions électroniques.


La danse comme manifest


Dès les premières images du clip, la chorégraphie s'impose comme une véritable manifestation esthétique. Inspirée des gestes traditionnels, elle réinvente le langage du corps dans un élan de liberté et d'enracinement. Les danseurs se répondent, s'interpellent, s'affrontent parfois, dessinant une écriture chorégraphique profondément africaine, mais résolument ouverte sur le monde. Cette authenticité assumée inscrit l'œuvre dans la constellation des nouvelles voix afrobeat, à la fois ancrées et visionnaires.


Des titres porteurs de sens et de mémoire


Chaque morceau agit comme un fragment de pensée, un espace de transmission où résonnent spiritualité, mémoire et engagement :

  • YAN YOO explore l'essence d'une civilisation endogène et en révèle les équilibres sociaux et spirituels.

  • VICTOIRE rend hommage aux peuples de l'AES, engagés dans une lutte pour la dignité et la souveraineté collective.

  • KRI TANGA salue le retour de l'autorité coutumière de Béguedo après quatorze ans de vacance du pouvoir traditionnel.

  • AMORE MIO met en garde contre les paroles extérieures et les rumeurs destructrices, plaidant pour l'harmonie conjugale.

  • DJEKA BLUES prêche la paix entre les hommes et les nations, dans une tonalité humaniste et universelle.

  • TOBONON rappelle, avec une sobriété spirituelle, la nécessité de garder foi et de reconnaissance envers Dieu, même dans l'épreuve.

Sur la route des racines et de la résistance


Né à Etrokro, en Côte d'Ivoire, et grandi entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, Bam Raady s'est très tôt nourri des contes, des kundé, des calebasses et des battements de mains qui rythmaient les nuits de Béguedo. Ce bain culturel fondateur deviendra la matrice de toute son œuvre.

Après un parcours scolaire interrompu, il choisit la route de l'aventure. Bobo-Dioulasso, Yamoussoukro, Abidjan : autant d'échelles où il multiplie les expériences, de petits métiers en rencontres marquantes. Celle avec Black So Man sera décisive : guitare en main, Bam Raady affine son art, passe d'accompagnateur à compositeur, puis à figure emblématique d'une génération d'artistes consciencieux.

De « Gnoubonou » à « Djinno Baako » , en passant par « Je t'attendrai » ,                               « Hokamazaké » , « Katanga » , « Botido » ou « Mombi-Yem » , son œuvre évolue sans jamais renier ses racines. Chaque titre s'enracine dans le réel, au service d'une parole libre, sociale, spirituelle ou politique.


L'artiste et le militant


Figure respectée de la scène burkinabè, Bam Raady est aussi un acteur engagé pour la dignité des artistes. Fondateur du MODAME et coordonnateur de la CORA/BF , il milite pour une renaissance artistique fondée sur la structuration, la reconnaissance et la solidarité du métier. Ses chansons, parfois censurées, ont accompagné les grandes mobilisations populaires de 2014. Pour lui, la musique n'est jamais décorative : elle est outil de mémoire, d'éveil et de résistance.


Une œuvre ancienne, une vision ouverte


Avec ce nouveau projet, Bam Raady se positionne comme un passeur de cultures, capable de faire dialoguer le Djeka, le blues et l'Afrobeat dans une même respiration. Son parcours, son authenticité et sa persévérance en font une voix majeure des musiques africaines contemporaines, sur la voie de grandes conquêtes scéniques au-delà des frontières du Burkina Faso.

Une œuvre sincère, exigeante et intensément africaine, au cœur de la modernité musicale.

Edition -

27 janvier 2026

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