top of page

Quand un nom accuse un continent : la “peste porcine africaine” qui frappe l’Europe

Quand un nom accuse un continent : la “peste porcine africaine” qui frappe l’Europe


Les mots ne sont jamais innocents. Ils voyagent, blessent, façonnent des imaginaires. Parfois, ils accusent même ceux qui n’ont rien fait.
Depuis quelques jours, la presse française s’agite autour d’une “peste porcine africaine” qui toucherait les sangliers aux portes de l’Occitanie. L’armée est mobilisée en Catalogne, les cartes d’alerte rougissent, les titres s’affolent.
Mais un détail échappe encore à beaucoup : la vague actuelle n’a rien d’africain. Elle est européenne.


Un nom historique que l’on traîne comme une chaîne


Le terme “peste porcine africaine” a été posé au début du XXᵉ siècle, lorsque la maladie fut décrite pour la première fois dans certains pays d’Afrique.
Mais depuis plusieurs décennies, les foyers actifs sont ailleurs :

  • Géorgie,

  • Russie,

  • Pologne,

  • Belgique,

  • Allemagne,

  • Italie,

  • Espagne…

Aujourd’hui, c’est la Catalogne qui a mobilisé son armée.
Ce sont des sangliers européens qui propagent le virus.
Ce sont les élevages européens qui sont menacés.

Et pourtant, le nom qui frappe les esprits reste “africaine”, comme si le danger venait toujours du Sud.


Quand les noms entretiennent des réflexes injustes


Pourquoi, dans nos sociétés modernes, continue-t-on de coller l’étiquette d’un continent à une maladie qui circule à des milliers de kilomètres de là ?

Parce que les noms historiques survivent.
Parce que nos imaginaires sont façonnés depuis longtemps.
Parce qu’il existe un réflexe inconscient : si c’est grave, si c’est inquiétant, c’est forcément “africain”.

On a appelé “grippe espagnole” une maladie née aux États-Unis.
On a parlé de “variole du singe” alors que les singes n’y étaient pour rien.
Et aujourd’hui, on parle d’une peste “africaine” qui menace… l’Europe.


L’Afrique n’a pas à porter les fautes du monde


Quand une maladie porte le nom d’un continent, elle entraîne derrière elle un parfum d’accusation.
C’est subtil, mais puissant.
Et toujours à sens unique.

Les ravages actuels concernent l’Europe.
Les décisions concernent l’Europe.
Les pertes éventuelles concerneront l’Europe.

Pourquoi continuer à traîner l’Afrique comme un paratonnerre linguistique, alors que rien ne prouve ( ni dans cette vague, ni dans la précédente ) qu’elle en soit la source ?


Les mots comptent. Les mots façonnent. Les mots blessent.


La question n’est pas sanitaire.
La question est symbolique.
Elle touche à la représentation.

  • Chaque mot qui associe “Afrique” et “danger” renforce un vieux récit fatigué.

  • Chaque maladresse médiatique entretient une vision injuste du continent.

  • Chaque titre alarmiste nourrit un imaginaire qui classe, qui stigmatise, qui divise.

Il est temps de corriger ces réflexes.
Il est temps de renommer certaines choses.
Ou au moins de les expliquer.


Et si l’on rebaptisait les phénomènes par leur réalité ?


Si l’on suivait la logique actuelle :

  • On parlerait d’une “peste porcine européenne”

  • On alerterait sur la “maladie espagnole des sangliers”

  • On évoquerait la “crise porcine catalane”

Mais personne ne le fera.
Parce qu’on hésite toujours à coller des étiquettes négatives sur l’Europe.
Parce qu’on s’est habitué à les coller sur l’Afrique.


Savane Écho le rappelle : les mots ne doivent pas être des armes


Un média, un vrai, a le devoir d’éclairer, pas d’entretenir des automatismes hérités du passé.

Alors précisons-le clairement :
La peste porcine dite “africaine” qui touche aujourd’hui les sangliers est une épidémie européenne, circulant en Europe, dans des écosystèmes européens.

L’Afrique n’a rien à voir dans cette affaire.
Pas cette fois.
Pas souvent, d’ailleurs.


Conclusion : recadrer les récits, c’est déjà réparer le monde


Ce n’est pas seulement une question d’élevage ou de sangliers.
C’est une question de mots.
Une question de justice.
Une question de dignité narrative.

Tant que l’on continuera d’utiliser des termes qui accusent des continents entiers sans fondement, les mentalités n’évolueront pas.
Et l’Afrique restera, malgré elle, le bouc émissaire linguistique d’un monde qui peine à revoir son vocabulaire.

À Savane Écho, nous choisissons une autre voie : celle de la clarté, de la nuance et du respect.

Edition -

5 décembre 2025

bottom of page