
Faut-il rejeter la culture occidentale dans les pays révolutionnaires?

Faut-il rejeter la culture occidentale dans les pays révolutionnaires ?
Bruno LENGANI
Écrivain et journaliste culturel indépendant
Savane Écho
Dans les périodes de rupture, quand un peuple se lève pour redéfinir son destin, une question revient avec insistance : faut-il rejeter tout ce qui vient d’ailleurs, notamment la culture européenne ou dite universelle ?
Cette interrogation n’est pas nouvelle. Elle traverse les révolutions, les indépendances, et les renaissances culturelles. Elle révèle surtout une tension profonde entre mémoire, dignité et avenir.
Le réflexe de rejet : une mémoire blessée
Dans de nombreux pays, l’histoire a laissé des cicatrices. Colonisation, domination culturelle, langues imposées, traditions méprisées…
Face à cela, le rejet devient une réponse presque instinctive.
Rejeter, c’est dire :
« Nous existons sans vous »
« Nous refusons d’être définis par l’autre »
Certains pays ont même tenté des ruptures radicales.
En Algérie après l’indépendance, une politique d’arabisation a été mise en place pour réduire l’influence du français.
Au Zimbabwe, après la fin du régime colonial, il y a eu une volonté forte de valoriser les langues et traditions locales face à l’héritage britannique.
Ce rejet est donc une reprise de dignité. Il marque une volonté de rompre avec un passé vécu comme une dépossession.
Dans ce sens, il est légitime. Il est même parfois nécessaire.
Le danger du rejet total
Mais une question s’impose : peut-on tout rejeter sans se priver soi-même ?
L’histoire montre que certaines ruptures extrêmes ont eu des conséquences difficiles.
Pendant la Révolution culturelle chinoise, des pans entiers du savoir, de l’éducation et du patrimoine ont été détruits au nom d’un rejet radical de l’ancien monde et des influences extérieures.
La culture occidentale ne se limite pas à un passé de domination. Elle contient aussi :
des outils de pensée
des avancées scientifiques
des œuvres majeures
Rejeter en bloc, c’est refuser aussi ces acquis.
Reprendre le pouvoir culturel
La vraie question n’est donc pas simplement de rejeter ou d’accepter.
La vraie question est :
qui décide ?
Certains pays ont montré qu’une autre voie était possible.
Au Japon, lors de l’ère Meiji, le pays s’est modernisé en intégrant des savoirs occidentaux tout en conservant une identité forte.
L' Inde a, elle aussi, gardé certains outils hérités de l’histoire tout en valorisant ses cultures profondes.
Et parfois, ce mélange donne naissance à quelque chose de nouveau, de puissant, d’inattendu.
Les Gitans d’Espagne, par exemple, ont enrichi le flamenco en intégrant des influences extérieures, notamment des techniques de percussions des pieds proches de certaines danses à sabots du Far West américain.
Ce métissage a contribué à donner au flamenco sa force rythmique et sa singularité.
Ici, il n’y a ni soumission, ni rejet.
Il y a transformation.
Construire plutôt que refuser
L’enjeu n’est pas de tourner le dos au monde, mais de s’y tenir debout.
Dans plusieurs pays africains aujourd’hui, on observe une nouvelle dynamique :
valorisation des langues locales dans les médias
retour aux savoirs traditionnels
utilisation des outils modernes hérités d’ailleurs
Car aucune culture n’est pure. Toutes sont le fruit de rencontres, de chocs et de métissages.
Refuser cela, c’est refuser la vie elle-même.
Vers un universel en construction
Nous vivons dans un monde contemporain où il n’existe presque plus de cultures totalement originales.
Les frontières s’effacent, les influences se croisent, et l’on parle désormais de culture universelle.
Mais ce que l’on appelle universel aujourd’hui est souvent une voix qui parle plus fort que les autres.
Le véritable universel ne sera pas ce qui s’impose au monde,
mais ce que le monde aura choisi de construire ensemble.
En attendant, notre devoir n’est pas de suivre,
mais de participer.
Conclusion
Faut-il rejeter la culture occidentale dans les pays révolutionnaires ?
Non. Mais il faut refuser qu’elle s’impose.
Oui, il faut protéger et relever ses propres fondations.
Et surtout, il faut apprendre à choisir.
Car une révolution qui rejette tout finit par s’appauvrir.
Une révolution qui sélectionne, transforme et crée devient puissante.
La vraie liberté n’est pas de fermer les portes,
mais de décider qui entre et pourquoi.
Edition -
3 avril 2026

